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Témoignage de Luisa

Témoignage de Luisa après son immersion en janvier 2018 :

L’École à l’envers fête son premier anniversaire aujourd’hui et j’ai eu la chance d’y passer une semaine en observatrice. J’ai vu un tas de choses, mais je suis certaine de n’avoir vu que la partie émergée de l’iceberg. Lors de mon arrivée, on m’a accueillie gentiment, mais sans plus. La première personne à me dire bonjour a été un enfant de dix ans. Il me fait signe en guise de reconnaissance, et puis il retourne à ses occupations. Un adulte fait une pause dans ses tâches et me propose de faire un tour de l’école. Je connais l’école, ce n’est pas la première fois que j’entre dans ces lieux ; je décline donc l’invitation. Je préfère laisser la personne continuer son travail et je continue à explorer à tâtons le milieu ambiant. Oui, parce que dans cette école, deux choses retiennent immédiatement l’attention : les enfants ne font que ce qu’ils veulent et les adultes travaillent constamment. Sur ces deux points j’aimerais être plus précise.

Les enfants font ce qu’ils veulent ; cela veut dire que les enfants sont libres. Ils décident de leurs activités, ils s ‘associent librement entre eux, ils participent à l’élaboration des projets, des ateliers, et des règles. Ils décident aussi de transgresser les règles et de payer le prix déterminé par le Comité de Justice. Ce qu’ils apprennent ici c’est la responsabilité et l’autonomie ; ils apprennent à vivre ensemble. Pendant la semaine que j’ai passée à l’école, certains enfants sont venus me voir, d’autres ne m’ont pas adressé la parole. J’ai apprécié les divers contacts que j’ai noués avec les jeunes membres dans la mesure où il est rare de trouver des enfants qui viennent vous parler avec une approche respectueuse du droit à la parole, où le « oui » ou le « non » sont acceptés de bonne grâce. Si je devais relever l’exception qui confirme la règle, je remarquerais que la grâce manque un peu lorsqu’ils demandent à aller jouer dehors et qu’on le leur refuse. J’ai trouvé cela dommage qu’ils ne puissent pas être plus souvent dehors. J’ai compris les raisons pour lesquelles ils ne peuvent pas sortir sans être accompagnés par des adultes et j’ai également compris que les adultes de l’école sont complètement débordés de travail. Mais j’ai quand même partagé cette frustration.

Les adultes quant a eux sont pleinement engagés dans ce projet d’éducation ; ils veillent à ce que l’école soit toujours fidèle avec ses principes de justice et de responsabilité citoyenne. Leur investissement dans les différentes activités de la journée est beau à voir, qu’il s’agisse de l’apprentissage libre au sein des divers ateliers ou des divers moments de réunion et décision collective. Il y a un rythme qui s’établit entre les moments de réunion et des moments de dispersion où chaque individu reste un peu seul dans son coin pour ensuite revenir retrouver le collectif de nouveau, et cela plusieurs fois dans une même journée. J’ai trouvé que cette cadence assure un excellent mécanisme de communication. J’ai apprécié la transparence sur toutes les actions entreprises, et qui est essentielle à l’existence même d’une telle l’école. Il est facile de ne pas se rende compte de tout ce que est nécessaire au bon fonctionnement d’une école démocratique et les murs servent non seulement de cadre aux apprentissages des enfants, ils servent aussi de rappel des membres à leurs responsabilités, aux règles et aux tâches.

Tous les jours à quinze heures un mouvement se fait ; une personne se lève, puis une autre ; et sans qu’aucune cloche ne sonne, ont voit chaque membre se mettre au travail de rangement et de ménage. Cela ne dure que quelques minutes, à l’issue desquelles l’école est de nouveau entièrement propre. La fin de la journée arrive bientôt, un ou deux enfants arrivés tôt le matin vont partir. J ‘écoute quelques conversations sur ce qu’il faut faire pour le lendemain ou pour la semaine prochaine, avant qu’un adulte ne parte aussi. D’autres adultes restent jusqu’à un peu plus tard pour réaménager le salon. Il y aura une fête à la fin de la semaine pour fêter la première année de cette école. Il y a toujours du travail à faire, Kinou a l’air un peu préoccupée ; on voit combien cette école est presque une extension d’elle même. Cette semaine a été lourde ; il y a eu des départs, des arrivées. Je ne suis là que pour une semaine, tout ce que je dis ce n’est qu’une impression d’observateur extérieur. Mais je suis admirative de tout ce qui a été accompli en l’espace d’un an. Félicitations ! Je vous souhaite du courage, un bon anniversaire – et longue vie à l’École à l’envers !

Luisa Simões

Merci pour ton témoignage Luisa !

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