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Résumés des conférences EUDEC (suite)

Claudia RENAU, Différences et similitudes entre unschooling et écoles démocratiques

Présentation rapide : Claudia Renau a travaillé 15 ans à l’éducation nationale puis a mis 15 ans à se déscolariser, ce qu’elle appelle « le job des adultes »… en déscolarisant aussi ses enfants, pratiquant ainsi le « unschooling ». Elle rappelle qu’aujourd’hui 1050 familles en Île de France pratique le unschooling. Elle évoque l’importance qu’a eu pour elle l’associtation L’Ecole de la vie. Aujourd’hui elle est directrice de secondaire de deux écoles démocratiques et est aussi éditrice.

Les apprentissages autonomes ou informels, sans programme et sans enseignement, au rythme des enfants, elle peut témoigner que cela fonctionne ! Et avec une efficacité profonde. Cependant, ce n’est pas immédiat et cela nécessite beaucoup de patience et surtout de confiance. Le socle de compétences est parfois acquis beaucoup plus tardivement que ce qui est prévu par l’ éducation nationale ; parfois même, il faut attendre l’âge adulte ! Mais pour Claudia, l’important, c’est vraiment la confiance dont l’enfant a besoin pour apprendre ce dont il a besoin quand il en a besoin. Souvent la lecture arrive plus tard… mais c’est avec plaisir et non pas comme une « activité occupationnelle » comme c’est le cas à l’école. Que ce soit dans le unschooling ou dans les écoles démocratiques, il faut accepter ce décalage et arriver à le justifier auprès des inspecteurs (ce qui est moins aisé pour une famille que dans une école démocratique).

Déscolarisons-nous ! Dans le unschooling, il y a un gros travail de déscolarisation à faire pour les parents. Il lui semble que c’est aussi le cas pour les parents dont les enfants sont dans des écoles démocratiques. Ce qui rend la tâche difficile, c’est que notre société toute entière est très scolarisée.

Propositions ou absence de propositions ? Dans les écoles démocratiques comme dans le unschooling, on retrouve l’absence d’attente de rythme d’apprentissage et de contenu. Mais alors que les écoles démocratiques (suivant le modèle Sudbury) affichent que rien ne sera proposé aux jeunes (a contrario de la société toute entière qui est basée sur l’inverse!), les unschoolers disent que « rien de particulier ne sera proposé aux enfants ». Cette petite nuance suppose que les parents proposent davantage de choses à leurs enfants parce que ce sont leurs enfants, qu’ils les connaissent et qu’ils acceptent que la liberté est basée sur l’acceptation d’un refus. Un enfant n’hésitera pas à dire non à une activité qui ne l’intéresse pas au sein de sa famille. Claudia remarque cependant que les enfants les plus jeunes acceptent assez spontanément puis, en grandissant, refusent plus facilement, sans doute car ils ont une meilleure connaissance d’eux-même. [Je précise que mon expérience en tant que membre staff d’une école démocratique m’a montré que les jeunes n’ont aucun mal à refuser, même les plus jeunes!]. Claudia évoque la nécessité pour les jeunes qui arrivent en école démocratique de bénéficier d’un « temps de restauration » pour retrouver leurs motivations intérieures et apprendre à mieux se connaître ; cette absence de proposition permet ce processus. Elle admet que cette composante peut être difficile à accepter pour des parents qui auraient des attentes, même si celle-là ne sont pas d’ordre scolaire.

Créer du lien : la question de l’obligation d’assiduité est fondamentale dans les écoles démocratiques car elle est nécessaire pour créer du lien. Pour Claudia, c’est un défi pour les unschoolers, qui ne bénéficient pas d’une structure permanente. Il s’agit d’arriver à créer un « réseau », malgré les variations de lieux et de personnes. Elle dit avoir l’impression que le lien ne se fait pas tout seul, dans la mesure où les unschoolers se voient peu. Il y a cette nécessité d’arriver à créer du lien rapidement, ce que le jeu permet. Cela explique que les adultes proposent assez facilement des activités, ce qui n’est pas le cas dans les écoles démocratiques de type Sudbury. Claudia pense que ce lien ne se fait pas forcément si simplement, même lorsque plusieurs personnes fréquentent le même lieu.

Règlement des conflits : au cœur des écoles démocratiques, il y a toujours un organe de régulation des conflits (cercle de médiation, conseil de justice, cercle restauratif…). Dans le cas du unschooling, il n’y a pas de réunion dédiée au règlement des conflits. Celui-ci se fait en direct ; comme c’est une habitude d’être à l’écoute de soi, cela fonctionne bien.

La discussion entre Claudia et le public finit sur une grande question : la place des parents dans une école démocratique. (Cette question fera sans doute l’objet d’un autre article).

Marie Narjoux.

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